"All shall be well" de Claudi Casanovas à la galerie Capazza

All shall be well, l''ensemble

texte d'Arnauld de L'Epine

All shall be well détail

La  Galerie  Capazza présente  cet  automne une  sélection d'artistes catalans de plusieurs  générations ,  pour la plupart  rarement  montrés  en  France, à l'exception de  Jean-Paul  Azaïs  et de Joan  Serra : "terre catalane" du 10/10 au 6/12 ,  ainsi  que  cela  a été  annoncé par  le  Club.

Le fait le  plus  remarquable de cette exposition a été que Claudi  Casanovas ait pu  accepter de montrer une nouvelle série dans une  pratique qu'il  n'avait pas utilisée jusqu'alors  , celle  du moulage et de la porcelaine pour  l'installation montrée  "All  shall be  well" .


Cet ensemble nous frappe non  seulement  émotionnellement, mais aussi de par  sa  force  plasmique - concept  emprunté  à  Barnet  Newman - : elle  fait  parti de ces  rares oeuvres ayant le  pouvoir de faire  raisonner en  nous notre  incomplétude, notre  fragilité  individuelle  et  collective , sur la base de  formes  énigmatiques  et très  singulières ayant une  présence qu'elles  soient à  l'unité  ou  formant un  ou des  ensembles. Elles  s'imposent  sur le plan  sculptural  comme  l'avait été "L'homme  qui  marche" de  Giacometti  dans la deuxième  moitié  du XXème  siècle  : elle a  une puissance  de  résonance face à la  force  du  vivant  et  à notre  finitude,  d'autant plus significative  par  rapport à ce  que  nous ressentons  présentement de  notre  fragilité  individuelle  et  collective .  


Il  s'agit  néanmoins  d'une  œuvre  "ouverte" susceptible de beaucoup  d'interprétations . J'y  vois une  suite à  son  "hommage aux  vaincus", mais encore plus  généralement une façon d'exprimer la  déliquescence de nos  modes d'individuation personnelle et  collective, tout en  voyant dans ces  "têtes" le  besoin  recherché de  dialoguer et de retrouver  du  collectif à  notre  époque désormais  hantée par  une fin  possible du  vivant sur  notre  planète. Néanmoins le  titre  qu'il a  donné en  s'inspirant des  textes de Juliana de  Norwich,  "All  shall be  well" incite  à  une  vision  plus  optimiste ou en  tout  cas évoquant la  possibilité de maintenir une  croyance , non pas  mystique, mais un  développement  spirituel pour  l'humain face au devenir  machinique que  des "barbares" s'appuyant  sur  des  systèmes  techniques globaux cherchent à  nous imposer.


Il est possible d'acquérir une  ou plusieurs  unités extraites de l'ensemble , et cela alors  que  chaque unité est  vendue à  l'unité à un  prix  très  abordable  étant  donné  l'importance  de l'artiste et de l’œuvre ; or le  fait d'avoir pu isoler une  pièce  ou d'avoir demandé  à  constituer de plus petits ensembles nous  a  démontré "l'aura" de ces  unités et  donc  l'opportunité d'acquérir une  ou  plusieurs  œuvres de cette série qui me parait importante  dans  le  parcours de cet  artiste . Il  serait  néanmoins  souhaitable que cette installation de 60 unités trouve  sa  place dans  un  Musée ; nous  avons  suggéré et cela  a été  approuvé par  la galerie que les  œuvres  achetées par des  particuliers puissent  être  rendues pour  le  cas où un  Musée  aurait décidé  de prendre  l'ensemble. 


Certains  ayant déjà  eu  l'occasion de  découvrir et  d'admirer ses  séries  antérieures , par  exemple  à la  galerie  Porée  ou  au  Don  du  Fel pourraient  être  déroutés  à  première  vue  étant  donné cette  nouvelle pratique ;  toutefois la  force  plasmique de ces dernières oeuvres,   chacune  pareilles  et  différentes  avec le mouvement propre  à  chaque  unité et développant une  dynamique très  singulière devrait pouvoir rencontrer un  écho auprès de nombreux  amateurs.

Nous  avons la chance de pouvoir  découvrir ce  nouveau travail d'un  artiste majeur  du  monde  de la  céramique  contemporaine  et  au-delà car je  je le place  au  même niveau  que  ses  contemporains  catalans les plasticiens Barcelo et Plensa ; je  considère  en  outre  qu'il a  été  beaucoup plus  loin  que  Barcelo pour  expérimenter et faire  œuvre par le  médium  terre. Enfin,  ces trois  artistes  ont une  pensée indiscutable  quant à  leur  travail  et  à son  évolution,  et ils  savent  chacun aussi non  seulement en  parler  mais se  révèler aussi  capables de faire  œuvre par l'écriture . Ainsi l'extrait du poème  de  Claudi  Casanovas ci-dessous nous donnant quelques clefs de sa personnalité et des motivations ayant  suscité  cette  réalisation : 

"Celui qui  se  croit accompli, qu'il se voit  vide  et  ouvert

        Celui qui se croit unique,  qu'il se voit blessé  comme  nous tous,

Celui qui se  croit  vivant,  qu'il se  voit  vide, blanc, silencieux  et mort.

 

                                                                        Vide, blanc,  silencieux,

                                    Fragile  comme  tous,  comme  toutes,  comme  Tout.

                                                A chaque  temple son cantique,  silencieux"

 

Enfin,  pour  information les  architectes du  Musée Soulages résidant à  Olot, comme Claudi,  viennent de  lui  acheter  7 grandes  pièces installées devant  leur maison.

En  outre, Claudi  aura  en  2021 une  rétrospective  au  Musée  d'Alcora (près  de  Valence) , lequel  vient  d'être  rénové.

Arnauld de L’Epine


N.B. pour  ceux qui voudraient se renseigner  plus  amplement sur la  trajectoire de Claudi  Casanovas , deux livres ont  été  publiés ces dernières  années :

- Ceramics , 1975-2015 , éd.  Ursula libres , textes de Michel Moglia et d'Eva Vasquez,  2015 ( anglais, espagnol)

- 1 artiste & la terre , éd. ARgile, textes de  Germain  Viatte et de Claudi  Casanovas, 2015

photos Arnauld de L'Epine

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