des personnages de porcelaine chez Massimo de Carlo

Pièce Unique galerie Massimo de Carlo 57 rue de Turenne

 

Le galériste milanais Massimo de Carlo ouvre un espace " à Paris, dénommé "Pièce unique" où il ne présentera qu'une seule œuvre d'art.

 

Pour  Massimo De Carlo, cette initiative vise d'abord à “offrir aux visiteurs un nouveau rapport à l’œuvre” et “aux artistes la possibilité de se concentrer sur une seule pièce”

“Nous traversons un moment dans l’histoire où il nous faut rétablir le rôle central de l’œuvre d’art face au bruit blanc constant qui l’entoure, ajoute-t-il. Nous devons garder à l’esprit que l’art est toujours une question d’idées, mais jamais une question d’échelle."

57 rue de Turenne Paris 3e

 

Or Massimo de Carlo a toujours témoigné de son intérêt pour la céramique. A la FIAC, il présentait, en 2018, Karin Gulbran et en 2019, Bryan Rochefort. Dans les deux cas, il s'agissait de grands vases aux décors somptueux. Des pots au milieu de l'art contemporain !  Ce n'est sans doute pas un hasard s'il a choisi une composition de porcelaine pour lancer sa galerie parisienne

 

Kaari Udson Clay Baby (2018)

Clay Baby (2018),

"Le projet  Clay baby spodomancy (2018), est l'idée d'une performance à venir basée sur un petit objet en porcelaine que ma grand-mère a donné à ma mère, qui me l'a à son tour transmis. Après des années à avoir l'intention de faire des moulages de l'objet mais ne sachant pas à quelle échelle le faire, j'ai finalement pris la bonne décision". (Kaari Udson)

"Le visage est rond, gonflé, potelé comme celui d’un enfant. Les cheveux sont courts, sagement coupés au carré, recouverts d’un chapeau folklorique verdâtre, une note vernaculaire. La poitrine est saillante, pleine. Les seins ronds sont écrasés dans une encolure carrée, pure fantasme bavarois. « Salutations des montagnes du Sud ». La robe est mi-longue, prude, modeste. La Clay Baby de Kaari Upson (m.l) est un ready-made, une reproduction imprimée en 3D—à échelle d’enfant— d’une figurine miniature, un archétype germanique dodu, nourri à la saucisse, qui a atterri dans l’atelier de l’artiste à Los Angeles par l’intermédiaire de sa mère, via sa grand-mère Une sorte de cadeau matrilinéaire qui viendrait d’Allemagne - on ne sait pas vraiment. Un de ces objets acquis involontairement qui se transmet d’une génération à l’autre, comme une maladie génétique. La figurine originale en porcelaine à la peau lisse n’a rien à l’avant et tout à l’arrière. Soulevant discrètement sa jupe, elle découvre un derrière protubérant, arrondi,  avec une ouverture bien définie. Ai-je précisé qu’elle se penche en avant ? Oui, il semble que Clay Baby soit prête à déféquer. Notre poupée allemande a les tenants et les aboutissants - littéralement - d’un caganer, une figurine aux fesses nues qui se trouve dans les crèches de Noël dans certaines régions d’Espagne — encore une fois, nous ne savons pas vraiment. On dit que le caganer est un symbole de fertilité et de chance. Je me demande quel est le symbole de l’infertilité et de la malchance. Certains disent aussi que le caganer signifie accepter ce que nous avons tous en commun. Hum, déféquer et périr ? Si vous remplissez les fesses de Clay Baby et que vous les allumez, si vous lui enfoncez un bâton dans le derrière — excusez mon français — elle défèquera des cendres, ouvrant la voie à une herméneutique de la décomposition. Spodomantie : divination par les cendres. Nous ne savons pas d’où vient Clay Baby mais il semblerait qu’elle sache où nous allons." Myriam Ben Salah

 

Cette démarche illustre plusieurs traits de la céramique, la portée symbolique de l'intimité d'un objet de porcelaine transmis de mère en fille, l'irruption des moyens numériques contemporains dans la création plastique contemporaine et la plasticité interprétative de la porcelaine.

 

 

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Commentaire de Michel Meynet | 23.02.2021

Enfin de La porcelaine allemande et fière de l'être, présentée de surcroît par un galeriste italien et tout ça à Paris, capitale des merveilles...est- ce l’effet du confinement qui fait plonger les loyers commerciaux ou bien l’aboutissement d’un processus libérateur qui remet à sa juste place la porcelaine dans l’univers du luxe c’est à dire l’art des riches. Heureusement, les sujets présentés ont leurs culottes baissées, typiquement freudien évidemment, pour bien montrer le caractère contemporain de l’œuvre et effacer le caractère fâcheusement petit bourgeois de ce type de personnage. Joli tour de force tout de même et vive la 3 D qui en la circonstance nous réjouit sans arrière pensée. Finalement, on aime bien...

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