A propos de la beauté

Tribune de Michel Blachère | 08.04.2020

Bonjour à toutes et à tous,

J’ai un grand plaisir à vous lire et je vous en remercie. Je remercie tout particulièrement Bernard Bachelier pour sa gentillesse, sa belle pertinence et qui nous permet de partager, d’échanger des idées, commentaires, appréciations autour de notre passion commune qui est la céramique. J’aime aussi les commentaires de Denise et Michel Meynet, intelligents, audacieux, où affleurent la tendresse et l’humour.

Plusieurs céramophiles ont évoqué la beauté dans leurs commentaires, et aujourd’hui je voudrais revenir avec vous sur la notion de beauté. La beauté, c’est la nature, toute la nature, le paysage. Celles et ceux qui viennent régulièrement à la Galerie XXI connaissent aussi ma passion pour le paysage : Van Gogh, Patinir, Holder, Monet, Giorgione, mais aussi Agnès Martin et Rothko. «J’aimerais tant que tu voies ce que je contemple chaque jour à ma fenêtre. La lune qui disparait à l’aube dans un ciel couleur lavande, les falaises au loin, leur dégradé de jaunes, de pourpres et de roses, et le vert si singulier des cèdres broussailleux qui ponctuent le paysage « écrit Georgia O’Keeffe en 1942 à son ami Arthur Dove.

Tous les hommes parlent de beauté, c’est beau ! mais pourquoi ? mais après ? La beauté peut-être étrange « Un soir j’ai assis la beauté sur mes genoux-et je l’ai trouvée amère-et je l’ai injuriée » écrit Arthur Rimbaud. Oui,la beauté empêche parfois les hommes de ne pas voir la réalité du monde, et par aveuglement elle permet de juger les hommes et critiquer leurs œuvres. Celles et ceux qui ont l’habitude du monde culturel et dont les appréciations sur les expositions sont un peu doctes, notamment les œuvres qui ne rentrent pas dans leur champ esthétique, au mieux ils ne les voient pas, au pire la critique et la censure arrivent. Il est vrai que nous sommes tous aveugles, mais ce qui est inspirant et stimulant c’est de ne jamais être censeur.

Interrogeons nos certitudes, le plus souvent une fêlure, une blessure, voire une paresse face à d’universellement concret. Personne n’a le monopole de la beauté et les humanités ne nous rendent pas meilleurs. La souffrance, le massacre ne nous parlent plus et n’oublions pas que le soir des hommes interprétaient et écoutaient Beethoven et Schubert et le matin ces hommes étaient gazés. ( www.galeriexxi.com texte autour de l’oeuvre de David Cohen).

Or, il me semble que de ne pas aimer, sentir, comprendre une œuvre d’art peut-être aussi le début d’un questionnement passionnant; c’est bien dans ce moment particulier que l’on peut apprendre à regarder, que l’on apprend à penser, à être dans le monde, « l’art révèle et fait éclore l’être de l’étant » écrit Heidegger.

Il est vrai que la notion de beauté est variable selon son capital culturel, son histoire ancienne, familiale, familière, et avec ses déterminants esthétiques; nous n’avons pas toujours les clefs; je ne sais rien, je ne sais pas comment dire, exprimer ce que je vois, c’est le vide, plus que le vide, une sorte d’anéantissement, une pauvreté d’interprétation, une douleur, parfois aussi une mélancolie, le passé, la marche du monde, un moment de bonheur, quelque chose d’émouvant. Est-ce si important ? « le jugement empêche tout nouveau mode d’existence d’arriver » écrit Gilles Deleuze.

Ce qui est passionnant dans une œuvre d’art, c’est l’inattendu, le singulier, la surprise, l’insoumission, l’émotion, je pense à Philippe Godderidge dont les œuvres « interrogent »le plus grand nombre. Philippe Godderidge est agriculteur, poète, céramiste, regardez ses pierres rondes et ovales aux décors d’émaux et d’engobes qui viennent dialoguer avec la forme et qui me font penser à cette phrase d’Einsten qui écrivait que l’univers est courbe comme le ventre d’une femme; oui, c’est aussi de tendresse dont il faut parler dans l’œuvre de Philippe Godderidge, cette tendresse liée à la frayeur que nous inspire l’âge adulte après avoir compris que le monde de l’enfance s’éloignait, (journal de Philippe Godderidge).

Parfois en préparant une exposition je m’aperçois qu’une céramique d’un-e de « mes artistes » ne me plaît pas, je m’interroge , mais je sais que l’artiste devait la créer pour avancer, continuer, « rater, rater encore, rater mieux » écrit Samuel Beckett. Le travail d’un galeriste, c’est aussi accompagner un artiste, lui apporter la confiance. Ce que je fais m’apprend ce que je cherche, « je n’aurais pas fait cette oeuvre si je n’avais pas fait celle-là auparavant. L’univers de l’art est un univers de recherches et de conflits » écrit Jan Patocka.

Et si la beauté, c’était aussi le silence, la pauvreté, ne pas faire injures aux pauvres, la prière ? « le beau est ce qui plaît universellement sans concept » écrit Kant, alors peut-être les premiers bâtisseurs, les architectes, l’Abbaye Notre-Dame de Sénanque, les cathédrales, les sculpteurs, les retables-retable d’Issenheim, les fresques-fresques de Giotto di Bondone de la vie de saint François à Assise.Ici l’art et la beauté peuvent se rencontrer et après ? Pourquoi l’être s’est-il oublié ? écrit Milan Kundera.

La beauté ne sauvera pas le Prince Mychkine,

les Lumières s’éteignent. Yeux clos, yeux écarquillés, yeux clos écarquillés. Samuel Beckett.

Avec mes fraternelles salutations.

Michel Blachère.

Les commentaires

Commentaire de Françoise Fouquet | 2020-04-08 12:43

La beauté ne serait-elle point liée à une, à des formes de transcendance, conçues au sein des fonctionnements sociaux de chaque groupe humain donc spécifique à des temps et à des lieux.
Nous laisser interroger par ces expressions différentes c’est aussi une possibilité pour s’ouvrir à l’altérité, à la diversité du génie humain.
Ces regards croisés sont ce qui m’accompagne dans la solitude du confinement actuel.

Commentaire de Camille BRETAS | 2020-04-08 15:17

Merci pour ce texte de toute... beauté.

Commentaire de Christine Chelini | 2020-04-08 15:57

Merci à Michel Blachère, dont je fais la connaissance par son développement interessant et nourri sur la beauté.
Christine Chelini

Commentaire de Massat | 2020-04-08 20:29

michel quel régal de te lire.
la beauté me semble indéfinissable.
sa perception peut - pour moi - etre différente selon les différents stades de vie que nous traversons. je viens de collecter 2 pièces d elisabeth joulia. Elles iradient de force et de beauté. mais
j ai dû les aprivoiser .. pour les voir dans la brutalite de leur beauté. . ce sont mes 1eres d ej
merci michel

Commentaire de Bernard COURCOUL | 2020-04-09 11:22

La beauté est-elle un absolu qui serait le seul critère d'évaluation de toute oeuvre et la seule finalité à poursuivre pour un artiste, quelque soit l'objet de son art, dans une intemporalité radicale ? Ou bien faire référence obstinée à ce terme de beauté, dans le contexte de la grande variété des œuvres produites aujourd’hui, serait devenu le signe d'une pensée relevant médiocrement de résiduelle habitude, de faiblesse ou de simple convenance, pour la raison qu'on ne peut ignorer que la beauté n'est désormais ni l'objet, ni le caractère recherché d'une oeuvre d'art et qu'en faire allégeance est évidemment le signe d'une vision rétrograde au risque de ne produire que des œuvres dépourvues de sens et d'intérêt ?
On se trouve ainsi emmêlés dans des discours manichéens entre fixations et allergies avec une dépense d'énergie bien oiseuse.
Personnellement, je fais sans cesse l'expérience de rechercher et de reconnaître ce que je peux raisonnablement dénommer la beauté dans des œuvres d'art très diverses, tant dans l'histoire que dans le moment présent. Ce m'est une nécessité et un bonheur. Il peut s'agir d’œuvres tellement, différentes qu'elles devraient s'exclure mutuellement et me conduire à adhérer aux unes en rejetant les autres, au prétexte de leur qualité de beauté ou de leur négation de la beauté. Il n'en est rien. Ainsi, j'ai autant de bonheur et d'exaltation à appréhender comme étant au sommet de la beauté, les œuvres céramiques de Robert Deblander et de Shiro Tsujimura, artistes dont je reconnais la sincérité et de la force de leur engagement créatif...
Bien sûr, je peux dire au passage que je ne peux adhérer à certaines œuvres actuelles n'y retrouvant pas le signal d'une beauté à laquelle je pourrais adhérer et surtout dont je ne reconnais ni les fondements ni les formes eu égard à ma sensibilité, mon histoire, mon humanité...
Dans mon travail de céramiste, comment jugé-je mes propres œuvres ? Satisfont-elles à mes critères de jugement dans leur complexité et leur évolution ? Malgré un engagement continu, malgré une vision nourrie de ce que j'ose appeler une culture, elles peuvent ne pas satisfaire à mes attentes. Cependant, elles sont toujours prétexte et invitation à d'autres œuvres. Est-ce seulement au nom de la beauté que se trame cette histoire ? Intrinsèquement, la beauté n'est sans doute pas le seul absolu que je poursuis, mais elle me permet de cheminer dans la reprise indéfinie d'une recherche d'accomplissement d'un destin personnel qu'il m'appartient de découvrir et de créer.

Bernard Courcoul

Commentaire de Florence Brouillard | 2020-04-09 14:58

La beauté….
Il m’est apparu que la notion de beauté, comme toujours, agitait les esprits et dernièrement encore au sujet des œuvres de Jean Girel. Aussi, je prends l’audace de me faufiler parmi vous, en vous donnant mon sentiment.
La Chine est le pays du loess, cette terre particulièrement fine qui a permis aux Chinois de découvrir la terre cuite plus de 15 siècles avant notre ère. Ce peuple de paysans, de la terre donc, a créé, engendré l’art de la céramique qui deviendra la plus prestigieuse du monde. Leur travail du métal, du bronze notamment, donnera naissance aux célèbres bronzes archaïques. C’est peut-être en raison de cette grande histoire, qu’en Chine il n’y a pas de coupure entre l’homme et le monde, pas de solitude de la beauté. La pensée taoïste dit qu’à partir d’un point on rejoint le Tout. Nous sommes reliés à l’immense aventure de la vie dont l’univers fait partie. L’homme est relié à l’univers vivant et plus il y est relié, plus il est vivant lui-même et n’est plus en perdition. La céramique chinoise représente l’univers, la beauté de la nature, la beauté du monde. Porteuse de symboles évoquant la nature, la céramique dialogue, parle, communique avec tout le peuple chinois, peuple car il n’y a pas d’individus. Les hommes sont tous ensemble reliés à l’univers. Le Yin et le Yang inspirent les créateurs, les appelant à mettre en harmonie puissance et douceur.
Cette pensée, cet art, cette beauté, me semblent avoir conquis l’âme de Jean Girel.
Jean Girel nous dit : « J’ai vu une peinture de Jean-François Millet. C’est une peinture où le rapport de l’homme à la terre est tellement fusionnel que le caractère individuel s’efface totalement. Les personnages ne sont plus des portraits, ils sont un prolongement de la terre, de la glaise. » Il nous parle aussi du grand peintre flamand Joachim Patinir, un des tout premiers paysagistes de l’histoire de l’art occidental, qui a représenté Saint Jérôme, seul dans l’immensité du paysage, à l’entrée d’une grotte. « Cette grotte, dit-il, n’est pas close. Au fond, on aperçoit la lumière et un chemin qui conduit au monde. Pour découvrir le monde, il faut d’abord passer par la grotte, pénétrer dans le minéral. Les grottes de Bernard Palissy, les fonds des tableaux de Léonard de Vinci, racontent la même histoire. Le bol Song ou l’idole cycladique, œuvre collective ou anonyme, est une représentation de l’univers, toute chargée de ce mystère. Le plus beau sentiment que l’on puisse éprouver, c’est le sens du mystère. »
Le travail de Jean Girel dans l’esprit Song qui l’habite aujourd’hui, s’inscrit dans une démarche unique, que ce soit par l’aspect de son émail métallique, lisse, irradiant de couleurs et ses références archaïques au dragon qui possède toutes les puissances cosmiques (voir sa boîte au dragon) ou par ses bols Jian, évoquant la lumière du ciel puis la terre et ses paysages. Toutes ces œuvres, font référence à une pensée autre que la nôtre, mais nous plongent dans la beauté d’un mystère.
J’ai vu Jean Girel nous faire part de sa visite au musée de Tokyo lorsque le conservateur du musée, après l’avoir fait attendre plusieurs années, a enfin accepté de le recevoir pour lui montrer un des trois bols ‘Yohen’ qui restent dans le monde. L’un est en Chine, abîmé, les deux autres au Japon, dérobés à la Chine lors de la guerre sino-japonaise. La beauté de ces bols en fait une véritable prise de guerre, sujet de contentieux entre les deux pays.
« La beauté de ce bol ‘Yohen’, nous racontait alors Jean Girel, était au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer. Je me suis mis à pleurer et je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. Ce bol semblait contenir toute l’immense richesse des couleurs de l’arc en ciel, il y avait là, le ciel et la terre. »   
J’ai compris alors que c’était pour lui l’avènement de la beauté au milieu du monde.
Je revois Jean-Girel, je l’entends ; je n’ai pas oublié son émotion toujours présente dans ses mots.
C’est cela qui le fait chercher encore et encore le secret de ce bol ‘Yohen’.… Je l’attends…….

Florence Brouillard 9/4/20

Commentaire de Danielle Cohen | 2020-04-09 15:05

J’aimerais vous inciter à regarder l'œuvre, présentée à Strasbourg et Harvard, des maitres verriers originaires de Bohème, Léopold et Rudolf Blaschka, passionnés de nature, que nous avons découvert lors de l’exposition à Avignon. Leurs sculptures végétales et marines sont d'une impressionnante créativité, délicatesse, et leur technique un tour de magie.
L’œuvre d’art est un lieu de fuite et de mystère. Elle échappe à un langage qui se voudrait seulement vocabulaire, associations de mots ou d’idées. Elle fait le choix du risque. La Beauté qui nous réunit ici concerne une matière bien réelle, détournée, sublimée, désorientée parfois par l'action exercée sur elle. La céramique porte aussi le message d’une tradition qui fut toujours en transformation et rupture, en liberté du fait même de sa matière et d’ éléments naturels aussi volatils et indomptables que l’air et le feu.
Nous ne pourrions expliquer la musique par les notes ou les instruments, par leur répétition ou leur mise en place. La céramique, c’est toucher, voir, mais aussi entendre la clarté d’un son lorsque la matière entre en vibration.
Dans cet objet-racine, ce magicien de l'argile reconnaît ses premières fascinations. La nature inscrit dans ses composantes "l'herbe qui le matin fleurit et pousse, le soir flétrit et sèche". La réflexion sur le travail de la terre aborde les paradoxes d'une création en mouvement, un inévitable retour sur le passé, une référence au quotidien que l'artiste transcende par le geste. Faisant de l'objet créé un moment rituel, une cérémonie, un signe de son appartenance à un espace-temps, elle fixe bien avant l'art non-figuratif ou conceptuel les lignes vitales entre le souffle enclavé dans le vide et le plein qui limite la forme dans l'espace, cachette permanente des moments de notre vie, un univers fœtal, source fantasmatique de nos espoirs et de nos misères. N’est-il pas comme le pressent Bernard Bachelier dans ses réflexions sur le Bol, « un objet » éminemment contemporain ?
Entre la tradition et la création, l’objectif s’il est toujours de créer du Beau, c’est bien sa définition qui nous retient en devenant fuyante et incertaine . Non plus faire du Beau mais exprimer l'homme qu'il est, qu'il côtoie, qu'il n'est pas encore devenu. Ce qui reste vrai de l'artiste c'est un Moi visionnaire, mais le sait-il, à la recherche du moi plus que du Beau
Revoir à Beaubourg la Venus de Lespugue restaurée du coup de pioche qui l'a sortie de terre, et pleurer d'émotion, est-ce lui donner un visa d'appartenance au Beau ou donner à la Beauté une dimension affective qui la réintègre à son propre sens, à la mémoire de l'homme, à notre culture. L'image née probablement comme le plaisir de l'instant, la caresse de la main qui a donné une forme à du réel, hors intention, hors mode, n’était-elle qu’un retour de chasse, l’ébauche d’un désir ?
Nous pouvons parler de la Beauté comme de tous les scandales qui ont jalonné sa route, de Van Gogh ou Gauguin, incompris, dont la Beauté des œuvres nous impose aujourdhui d’interminables files d’attente. Que dire des oeuvres du Caravage sublimes, reconnues, inadaptées à la morale de Rome, ou du Tintoret, « le séquestré de Venise » dont Sartre fait un portrait, grandiose morceau de littérature pour raconter l’assassinat d’un enfant génial, par l’esprit d’une époque. « Un enfant sur une liste noire », avec autour de lui, «  une conspiration du silence », et son génie qui avance « à tombeau ouvert ».
Que nous regardions les peintures de Rothko, de Soulages, de Sima, d’Iseli ; les céramiques de Miro, de Fontana, de Barcelo ou d’Anne Bulliot, nous sommes conscients que la beauté est un moment du possible où le sens se prête à un discours qui va bien au-delà de la réalité qu'il offre au regard.
Restons ouverts, attentifs, humains, et confinés.

Commentaire de Nicole Denoit | 2020-04-13 16:38

À tous merci pour ces échanges riches qui vous révèlent et me donnent envie de mieux vous connaître, moi qui suis récemment rentrée dans votre cercle.
Un merci tout particulier à Bernard Bachelier pour sa courtoisie bienveillante et la générosité pédagogique qu’il déploie dans son propos où j’ai beaucoup appris.
La réflexion sur la Beauté que nous offre Michel Blachere m’a beaucoup touchée. Je la trouve essentielle en ce qu’elle est une invitation non à la définir et encore moins à juger mais au contraire à interroger nos certitudes, à accepter, mieux à comprendre nos tâtonnements , nos erreurs nécessaires, celles des artistes aussi qu’il connaît et respecte en cela .
Et surtout ne pas confondre Beauté et Humanité sans désespérer qu’elles puissent parler le même langage. Oui, les bourreaux pouvaient écouter Mozart dans les camps avant d’exterminer leurs semblables. Ne l’oublions jamais.
La Beauté est ce qui refuse une certitude au profit d’un questionnement nouveau, d’un trouble profond . Si l’œuvre d’art nous en parle c’est , comme le souligne aussi Michel Blachere, parce qu’elle introduit de l’inattendu, du singulier, de la surprise, de l’insoumission.
Lorsque la Beauté s’exhibe sans humanité , le poète s’en effraie. J’ai relu ce matin le portrait troublant, inquiétant de La Beauté qu’en fait Baudelaire mais je terminerai plutôt par quelques vers de Paul Eluard .

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachats des ténèbres.

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Commentaire de Bernard Bachelier | 2020-04-13 17:44

Chère Nicole, merci de vos compliments. Ma plus grande satisfaction, ce qui vraiment m'encourage, ce sont toutes ces contributions, ces débats, ces discussions. Nous sommes un club vivant, riche de réflexions et de passions. C'est formidable.
Par ce commentaire, je voulais rebondir sur le poème d'Eluard. Vous souvenez vous de Georges Pompidou citant la première strophe à propos de l'affaire Gabrielle Russier ? Je le vois encore à la fin de la conférence de presse. J'entends sa voix. J'avais 20 ans. Ce poème, pour moi, est indissociable de ce souvenir. Il est autant Pompidou qu'Eluard. Il est l'Emotion.. Et aussi le président ami de la poésie et des arts.

Commentaire de Bernard Bachelier | 2020-04-17 10:52

et si on parlait du drame. Passionnants échanges sur la beautéLa recherche de la beauté nous fascine. Dans cette période, elle évoque la sérénite et l'harmonie, à l'opposé du chaos et des dangers du monde. C'est une question différente qui me préoccupe, la question qu'est ce que l'art ? On n'a beaucoup écrit là dessus mais comme la question de la beauté, la question de l'art n'est pas épuisée. Ce serait bien de lancer un débat. En attendant, une réflexion plus structurée, il m'est venue une idée intermédiaire. C'est celle du drame. Il me semble que le pouvoir expressif d'une oeuvre passe par l'intensité dramatique. Pas forcément littérale, pas forcément Guernica, mais des oppositions, des mises en question, une construction théatrale. Par exemple, les bols Génèse de Camille Virot possèdent cette intensité dramatique. Dans le minimalisme, pour moi, Alain Vernis aussi. Les grandes plaques de Claude Champy peuvent être wagnériennes. Le drame n'est pas forcément transgressif. Mails il théâtralise ... Qu'en pensez vous ?

Commentaire de Parisi | 2020-04-17 11:59

C'est vrai qu'en fin de compte la beauté peut être proche du drame. La force d'une éruption volcanique exprimée en sculpture céramique raku ou autre peut paraître belle dans la forme et en réalité elle peut être sujette à des drames. Pompei enseveli sous les cendres, tsunamis japonais Fukushima etc. L'oeuvre exprime une force appelée beauté qui prouve la vue de l'esprit. Les 2 choses sont inséparables indiscociables car l'artiste exprime ces 2 points de vues. Comme pour conjurer le sort et montrer notre petite relativité d'humains face au cosmos ou aux événements actuels. Une forme de religiosité exprimée par certains ex voto. L'art est toujours proche du sacré car il nous survit et nous transcende. L'histoire de l'art est pleine de ces témoignages. Prenez soin de vous. Salvatore Parisi Nice CIAO CORDIALEMENT ex tourrettan Vence France

Commentaire de Denoit nicole | 2020-04-24 18:05

Cher Bernard, je me souviens parfaitement aujourd’hui encore du silence qui a précédé la réponse de Georges Pompidou : quelques vers de ce merveilleux poème .
Je me suis sentie, pour son humanité à cet instant, fière qu’il soit notre Président. Pourtant il y avait eu 68 ... et j’avais 18 ans.

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